La rencontre de M et de K sur le quai de la gare de Dartford, en octobre 1962

17 Juin

Article écrit le 1er février 2010

La rencontre de M et de K sur le quai de la gare de Dartford, en octobre 1962

Il y a des anecdotes qui nous font soudain prendre conscience de l’incroyable emprise du hasard et du chaos sur notre destin.

En octobre 1962, sur le quai de la gare de Dartford, une ville anglaise perdue, deux jeunes hommes de dix-sept ans se tiennent. Ils attendent, s’ennuient, attendent le train. L’un deux, le plus petit, le brun, a reconnu l’autre et se souvient de lui : Un ami d’enfance, perdu de vue, oublié. Il espère que l’autre ne le reconnaisse pas, il a envie de rester seul. Le temps passe.

L’autre a quelque chose sous le bras qui éveille l’attention de ce taciturne garçon. Un vinyle, un quarante-cinq tour. Pris de curiosité, il s’approche silencieusement et plisse les yeux pour lire le titre de l’album. « The best of Muddy Waters » ; ses cheveux se hérissent. Il ne peut s’empêcher alors de venir aborder l’autre. Comment t’appelles-tu déjà ? Mick. Et toi? Keith. Dix ans après cette mystérieuse rencontre, les Rolling Stones étaient devenus le « plus grand groupe de rock’n’roll de tous les temps ».

Dans cette rencontre il y a tant de symboles que c’en est effrayant ; A croire que cela a été inventé par les deux complices. Dartford, tout d’abord ; Une ville industrielle au fond de l’Angleterre des années 60 et une des meilleurs représentations de la frustration que ressentaient ces jeunes artistes, les John Lennon les Peter Townshend et bien plus tard les Rotten et les Strummer. L’ennui, la résignation, les bruits des chantiers, le gris du ciel ; Lorsqu’on imagine cette scène on se retrouve forcément devant des images très significatives. On peut comprendre d’où vient leur inspiration légendaire rien qu’en fermant les yeux et en imaginant ce tableau.
Le train, ensuite ; Un des symboles les plus forts du blues. Représente la mélancolie, parfois la nostalgie, la banalité. Le train restera extrêmement présent dans l’univers musical des stones avec en particulier deux chansons magnifiques : « Love in Vain » et « Silver Train », deux chansons portées par les deux compères. Muddy Waters, enfin : La source principale de leur inspiration, leur idole de toujours ; celui qui leur a donné leur nom (la chanson « Rollin’ Stone »). Il y a en quelque sorte un peu de Muddy Waters dans chaque chanson des Rolling Stones.

Au delà de ces symboles, cette histoire représente bien l’hypothèse, sinon la certitude , que des milliards de possibilités nous environnent chaque jour. A quasiment chaque étape de notre vie (et encore plus maintenant !) des chances, insidieusement cachées, sont près de nous. Parfois, il faut faire preuve d’un incroyable culot, parfois d’un dépassement de soi exceptionnel ; En tout les cas, il faut une étincelle. Un réflexe divin qui nous pousse illogiquement à faire quelque chose qu’on n’aurait jamais dû faire.
Le constat est cependant difficile : Cette étincelle, presque personne n’arrive à s’en saisir. C’est peut être ce qui fait sa légende, mais c’est avant tout significatif : Les rares exceptions à avoir réussi à suivre cette voie divine et chaotique sont adorés et vénérés.

Destins magnifiés ou pourris par une donnée aussi effrayante qu’incontrôlable ; Le Hasard des choses, ou l’extrême vanité de nos réussites et de nos existences.

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