L’élégance

17 Juin

L’élégance.

Peut-on la définir ? Je penseque non. J’ai la conviction qu’elle est avant tout une affaire personelle, qu’elle diffère absolument entre chaque personne, selon ses goûts, son milieux culturel et une infinité de facteurs qui oscillent essentiellement etre l’image de soi, des sons et des sentiments que l’on veut partager et une certaine forme d’amour de soi.
Si beaucoup condamnent le narcissime, je considère ici que ce sentiment est nécessaire, et même recommandé pour parvenir à une idée personelle et aboutie de l’élégance. Parlons de l’apparence physique : Si la conception classique attribue à l’élégance une conception très élitiste et aristocrate, drapée de vêtements de haute qualité et de parfums raffinés, la fin du Xxe et le début du XXIe siècle ont heureusement fait varier les tendances : Aujourd’hui, la « classe » peut aussi bien appartenir aux sales, aux moches, aux jeunes, aux pauvres, aux peintres, aux banquiers, aux riches qui se prennent pour des pauvres, aux banquiers qui se prennent pour des peintres. Le style est maintenant partout. Une explosion de couleurs, une scandaleuse exuberation de formes et de matériaux, une fausse sobriété malicieuse ; Dans la société moderne, chacun cherche à se différencier, réfléchit beaucoup plus à son apparence, et donc a sa propre idée de l’élégance.

« Elegance is an attitude » revendiquait une publicité pour montres que j’ai eu l’occasion de lire quand j’étais petit, dans le tumulte stressé de la gare Montparnasse. Au-dela de l’aspect vestimentaire et du physique, je crois profondément en ce slogan. L’élégance est avant tou ce qui ne se voit pas, un détail inaccessible aux premières impressions mais qui, lorsqu’ils sont vus et compris, exhalent bien plus de charme ; une force tranquille qui ensorcelle un public visé (ou pas).

Cette énigmatique force d’attraction se retrouve donc dans de nombreux domaines ; En fait, dans nombre d’actions que nous entreprenons. L’élégance est le détail qui surprend, interloque le spectateur qui ne s’y attendait pas. L’élégance est ce soupçon d’écorce de Panama, élément aphrodisiaque du cuisinier facétieux. L’élégance est cette discrète référence à la littérature dans un discours politique. L’élégance transforle le laid en beau, le banal en mysterieux. Et, bien sur, cette élégance se retrouve dans la musique.

Dans les morceaux enregistrements studios, elle consiste pour un musicien à passer des heures entières à rechercher le son parfait. À tester, expérimenter, révolutionner son style par des milliers de façons. Et surtout à supprimer le superflu, pour que cette recherche ne s’entende pas, et que seul apparaisse l’œuvre comme telle. Le multi-instrumentiste (si l’on met de côté son mauvais goût vestimentaire) Prince, en est un bel exemple, n’hésitant pas à supprimer et abandonner des instruments et des détails qu’il avait ajouté à ses morceaux, de façon à présenter un travail épuré. Mais ce sont les concerts qui m’impressionent le plus. Combien d’artistes abandonnent tout souci du détail et de finition, découragés devant un public qu’ils trouvent sourd et incapables de saisir ces subtilités ? Combien se contentent de reprendre leurs vieux classiques, donnant aux spectateurs uniquement ce qu’ils veulent entendre, telle la ménagère donnant des croquettes à son chat ?

C’est pour cela que lorsque le phénomène inverse se produit, le résultat est détonnant. Lorsque dans une tournée de 50 dates, les artistes réinventent leur répertoire, offrent au public des versions revisitées de leurs classiques, prolongent leur concert des heures durant ; lorsqu’ils subjuguent toutes les attentes, qu’ils se dépassent eux-mêmes à travers des solos, des petites notes cachées, des références à leurs maîtres, qu’ils donnent tout pour faire vivre au public une expérience aussi riche qu’enthousiasmante, alors le résultat est fulgurant.
L’humilité est un maître mot dans l’histoire de la musique. Jimi Hendrix, même s’il se considérait à juste titre comme le meilleur de toute la terre, passait des heures et des heures à peaufiner ses morceaux, à retravailler son jeu, et chercher de nouvelles combinaisons et à réinventer son répertoire. Les artistes qui proposent au public qu’une copie conforme de leurs enregistrements ne sont que des idiots et des fainéants.

C’est mon idée de l’élégance musicale : Une combinaison entre altruisme, humilité, imagination et courage.

À voir en concert (ou à écouter si ils sont déjà morts) : Led Zeppelin, M, Björk, NTM, les Djs du label Stones Throw, Sonny Rollins, Herbie Hancock, Daft Punk, Jimi Hendrix, Fela Kuti, Amy Winehouse…

Vous pouvez rester chez vous : Damon Albarn, Justice, The White Stripes, the Strokes, Radiohead, Afrika Bambataa, The Arctic Monkeys…

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