Zidane, une tragédie grecque.

18 Juin

Zidane, une tragédie grecque.

Dimanche 9 Juillet 2006.

En des temps de graves troubles nationaux, laisser son esprit naviguer vers les eaux légères du passé peut parfois mettre un peu de beaume au cœur. Parfois, cela fait l’inverse, et on tombe au fond de l’agonie et de la dépression à une vitesse hallucinante.

Raymond Domenech, sélectionneur des bleus violemment critiqué depuis son intronisation esperait sans doute qu’un scénario similaire à l’édition 2006 en Allemagne se reproduirait : Les bleus, nazes et amorphes en phase de poule, se réveillent en quart de finale et explosent ensuite jusqu’à la finale, foutant un bon coup de clapet aux critiques et aux pessimistes. Raymond se voyait bien, le lendemain de la finale, paradant sur les champs elysées, savourant sa petite revanche contre le peuple français et les médias.

Mais non. Au lieux de cela les supporters assistent, agacés, navrés, à la minable déroute de l’équipe de France lors de cette édition du mondial 2010 en Afrique du Sud, on ne peut s’empêcher de se demander qu’est-ce qui a bien pu changer aussi radicalement en quatre ans ? C’est assez fascinant comme contraste, quand on y réfléchit bien.

Les uns pourront accuser le sélectionneur, les autres pourront invoquer le manque d’enthousiasme et de dynamisme exasperant de l’équipe ; Je dis non ! pour moi, tout est clair : la différence, c’est Zizou.

« La différence entre eux et nous ? » s’interrogeait un membre de l’équipe de France avant le France-Espagne de 2006. « Nous avons Zidane, pas eux ».  C’est pour dire que cette déclaration était sacrément gonflée de culot, à ce stade de la compétition. Les bleus avaient peinés pour arracher sa qualification pour le deuxième tour, où l’on a pu voir dans un coin un vieux Zinédine trottant après le ballon. La presse espagnole répond à cette provocation avec une seule prédiction : Ce match sera le jubilé du numéro 10 français.

Et puis les français ont anéanti les espagnols. Un jeune fou et moche, le visage couvert d’estafillades, a surgi de son trou pour faire recoller les bleus au score. La France prends les devants par la suite et Zidane conduit tout tel un fougueux maestro, avant d’envoyer l’Espagne à la retraite en inscrivant le troisième but, dans les dernières minutes du match. Les agnostiques retrouvent leur Dieu ; une lueur d’enthousiasme vient faire frissoner toute une nation au cœur cynique et désabusé.

C’est ainsi que Zinédine Yazid Zidane connut son plus beau match, contre le Brésil en quart de finale. Enchaînant les passes, des gestes techniques époustouflants, une élégance de jeu rarement connue et surtout, offrant un caviar à Thierry Henry pour mystifier le malheureux gardien brésilien.

Après une demi-finale peu marquante contre le Portugal, la France arrive en finale, pour la deuxième fois de son histoire. Et c’est là que nous arrivons à notre propos. Tous les regards sont rivés vers notre icône nationale. Jouer une finale de coupe du monde comme dernier match de sa carrière, c’est quand même digne des joueurs de l’étoffe de Zidane. Lorsqu’il entre sur le terrain, le premier représentant de la file indienne française ne jette même pas un regard à la coupe tandis qu’il la frôle lentement. Le monde retient son souffle. Zidane marque un premier but sur penalty, par une panenka aussi surprenante que jubilatoire.

Les Italiens se ressaisissent, et Materazzi, un milieux de terrain italien couvert de tatouages, égalise de la tête. Un partout. L’heure qui va suivre sera une bataille acharnée des milieux de terrain, offrant aux supporters un spectacle d’une pauvreté aberrante.  On entre dans la prolongation, on se dirige logiquement vers la terrible séance de tirs aux buts. Quand soudain, quelque chose fait bondir spectateurs et commentateurs. Un magnifique centre de Willy Sagnol arrive droit sur la tête de Zizou. Celui-ci fait une tête d’une perfection absolue, le ballon se dirige à la vitesse de l’éclair en haut du but de Gianluigi Buffon, et ce dernier d’une claquette surhumaine, évite à son équipe la défaite. Deux minutes plus tard, Zidane explosait Materrazzi de la tête et sortait, furieux déshonoré, du terrain, devant un stade ébahi et stupéfait.

Ce qui est intéressant à travers ces quelques minutes, c’est l’immensément fin interstice qui sépare deux destins radicalement opposés. L’équipe de France, après l’exclusion de son capitaine, a été vaincue aux tirs-aux-buts par l’Italie. Le monde entier s’est amusé à visionner des millions de fois cette fameuse vidéo du coup de tête. Beaucoup de supporters se sont rendus à la conclusion que Zidane n’était peut être, finalement, resté une caillera marseillaise. Les français l’ont villipendé pour avoir commis un tel acte en étant le modèle de bon nombre d’enfants. La France, orpheline de sa coupe, connaîtra à partir de cette date fatidique, une période de médiocrité footbalistique sans précédent, période qui dure encore aujourd’hui.

Mais réflechissons une seconde à ce qu’il se serait passé si Zidane l’avait marqué, ce but. Il aurait été le premier joueur de tous les temps à marquer deux doublés en finale de coupe du monde. Il aurait fait gagner son équipe à près de 33 ans. Il serait devenu une légende bien plus immense qu’il ne l’est aujourd’hui, aurait dépassé de loin les Platini et les Maradonna.

Un écart aussi infiniment petit entre le délire et la dépression, entre la gloire et la mort, j’appelle ça une tragédie grecque. Cette action restera comme la toute dernière de sa carrière, puisqu’il ne touchera plus le ballon jusqu’au coup de tête sur Materazzi. C’est donc un symbole, comme si après cette tête, Zinédine Zidane avait donné tout ce qu’il avait pu donner au football, et avait sorti ses toutes dernières ressources, les avaient concentré en un seul tir de la tête. La victoire ou la destruction totale.

Ce France-Italie reste le plus grand drame de ma vie, et marque un jour bien sombre dans l’histoire. Il a marqué l’équipe de France du sceau d’une affreuse malédiction éternelle : Plus jamais nous ne pourrons gagner un match en coupe. Il ne reste plus qu’à noyer nos larmes dans un bol de chocapic au lendemain matin de l’élimination du mondiale 2010 face à l’Afrique du Sud, un œil humide rivé sur les couvertures des journaux irlandais, un autre sur les performances des autres équipes, et rêver sans espoir à un avenir meilleur. Personne ne pourra plus rien y changer (même Laurent Blanc), qu’on se le dise une fois pour toute : Nous sommes condamnés à jamais. Tout est fini.

Cet article est dédicassé à Gianluigi Buffon.



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