Le samuraï du dessin animé comme idéal de la liberté.

3 Juil

Le samuraï du dessin animé comme idéal de la liberté.

Dans les couloirs des collèges déferle depuis quelques années un phénomène qui distille folie et passion, sème la terreur chez les profs de français et désespère les parents. Un véritable cataclysme qui déclenche chez le jeune prépubère de l’an 2000 frisson et hystérie.

Le manga. Cette bande dessinée japonaise de petite taille et qui est de bon ton de lire de droite à gauche, comme les collègues nippons, a en effet déclaré une guerre ouverte aux Odyssée, Chanson de Roland et autre Journal de Mickey, grandes institutions du casier scolaires. Les otakus* relisent les même tomes des centaines de fois, en parlent à tout le monde (même à leurs parents et aux filles de leur classe qui pourtant ont eu la bienveillance d’accepter de les écouter), ils vont même jusqu’à télécharger des images scannées et traduites par des amateurs des tomes suivants pas encore parus en France.

Mais cette invention du soleil levant, aussi virevoltante soit-elle, comporte malheureusement les sempiternels codes ; que l’on soit face à un manga futuriste, féodal, sur les basketteurs, les voyageurs du temps ou les robots gentils, on retrouve toujours les mêmes ingrédients.  Voici quelques exemples.

Tout d’abord, pour créer un manga, il faut être japonais. Ça ne s’invente pas, c’est fondamental pour comprendre et incarner cette culture si étrange. Il faut ensuite être un stakhanoviste du pinceau : Toutes les semaines sort un nouveau chapitre, sorti dans les magazines pour ados japs : ce qui veut dire une activité effrénée et frénétique. Enfin, le mangaka ne sait jamais comment terminer sa série. Il continue encore et encore, jusqu’à ce que son corps lâche. Et là encore, c’est le cœur brisé qu’il griffonne un dernier tome sur son lit d’hôpital en expliquant tous les mystère accumulés pendant des années en environ trente seconde. Sinon, le mangaka est capable de tenir sa série jusqu’à bien 40 ou 50 tomes, usant de tous les stratagèmes possibles et inimaginables pour ne pas apposer le point final. Les mangaka sont dramatiquement con, c’est comme ça.

Et puis, il y a la trame et les personnages. Un manga, c’est toujours un road-manga ; c’est toujours une quête complètement absurde d’un groupe réduit de personnages à la recherche d’un éternel « samurai qui sent le tournesol » qui a tué toute ta famille pour des raisons mystérieuses, ou d’un objet qui va sauver l’univers. Les méchants sont toujours de plus en fort et non l’inverse (d’ailleurs en général ils deviennent gentil après s’être fait battre), les héros vont de combat en combat en se prenant des blessures incroyables (genre des lances géantes plantées dans le bide) et guérissent en marchant ; l’héroïne est toujours une sublime déesse qui a du cœur mais beaucoup de résolution dans les moments difficiles et que surtout, personne ne se fait jamais. C’est inutile de discuter, d’envoyer des lettres à l’auteur ni de suivre la série jusqu’au 48e tome juste pour voir si le héros et la nana vont se pécho, ça n’arrivera pas. Même si, tout de même à la fin, on apprend qu’ils sont amoureux, pas de cul.

Puisque le collégien n’a pas de femme nue à se mettre sous la dent, il faut bien qu’il trouve un moyen de fixer cette passion qui l’anime depuis qu’il a découvert le manga. Alors, inconsciemment, sa fascination se focalise sur un personnage ; Parfois c’est le héros, parfois un personnage secondaire. Toujours est-il qu’il existe systématiquement. Appelons le Monsieur X.

Monsieur X est grand, beau, sage, silencieux, expérimenté. Il a du charisme, il est craint des méchants. Il se tire de tous les pétrins avec un style et une élégance impossible. Dans la plupart des mangas, il s’agit du samuraï intriguant, qui apparaît toujours la nuit (les soirs de pleine lune) et qui d’un magnifique sabre abat tous ses ennemis hurlant à la mort, tandis que son visage reste de marbre, cool et froid.

Ce personnage est extrêmement intéressant. Personne ne peut arrêter monsieur X. Il écrase tous ses ennemis, il fait ce que bon lui semble, et en plus il impressionne tout le monde. Avec une telle puissance certains ne feraient que de braquer des banques et de voler les honnêtes gens tandis que notre héros de manga a toujours une morale en acier. C’est un vagabond qui croise et se sépare des gens sur son passage. Il combat pour son honneur, pas pour l’argent ; d’ailleurs notre ami est souvent très pauvre.

En faisant abstraction de toutes ses conventions formalisées, je considère que Monsieur X, et plus généralement le manga, représente une sorte d’idéal de la liberté. Il décide lui-même de son destin, ne cède à aucune pression ni aucune menace ; c’est une sorte de roi de l’univers inamovible Le mangaka offre au lecteur la perspective merveilleuse de pouvoir s’évader dans un univers alternatif : Monsieur X, ne reçoit pas d’ordre, et personne ne peut arrêter la longue marche sans but du vagabond taciturne. Alors il la continue, sa marche, ne respectant que son code de l’honneur et son ventre, jusqu’au prochain ennemi, jusqu’à la prochaine énigme. Le tout dans des époques lointaines ou les jolies filles, les katanas et les bols de riz abondent beaucoup plus que les téléphones, les caméras, et les conseils de classe.

Le collégien otaku est donc (en fait !) un utopiste assoiffé de liberté, bien avant d’être ce mongol couvert de boutons et recouvert d’une capuche quicksilver. Peut être que si les filles avaient conscience de cette merveilleuse grandeur d’âme, ils auraient plus de chance avec elles, et leur vie en serait plus douce. Mais la vie du collégien n’est point faite pour être douce, tout le monde le sait.

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