Galliano et la morale populaire

5 Mar



Galliano et la morale populaire

Consternant est un faible mot. Faible pour décrire le torrent de haine et de vindicte qui s’est abattu sur le créateur de mode John Galliano depuis ses propos racistes dans un bar parisien. Faible pour décrire l’attitude de la maison Dior, qui ayant profité de ses créations génialement excentriques pendant plus de quinze ans, l’a complètement et absolument abandonné au moloch médiatique. Faible enfin pour décrire la petitesse et la décadence d’une société qui s’est emparé de cette vidéo du Sun pour avoir un support à fixation d’une frustration et d’un sadisme refoulé.

Quels sont exactement les faits reprochés ? Des mots de Galliano, injurieux, raciste à l’encontre d’un couple jeudi dernier ; un autre couple s’est d’ailleurs rajouté aux plaignants. Aucun témoin dans le bar n’a confirmé les propos de Galliano mais selon la vidéo du tabloid The Sun, il est impossible de réfuter ces propos. Que voit-on d’ailleurs, dans cette vidéo ? Un homme pathétique, seul, terriblement ivre, balancer quelques propos provocateurs pour choquer la gallerie. Il déclare notamment « I love Hitler ! » .

Mais qui peut croire qu’il s’agit vraiment d’antisémitisme ? Pour moi, c’est presque l’inverse de cela. L’antisémitisme, c’est plutôt la nièce de Christian Dior que l’on voit tenir des propos hallucinants dans cette vidéo. Celui qu’on voit dans cette vidéo en vérité, c’est un Renaud Séchan, un Serge Gainsbourg, à la fin des années 1980, après dix verres de Pastis seul dans une boite de nuit.

Et que dit-on de Gainsbourg, en ce moment, apôtre de la provocation, celui qui chantait le « Nazi Rock », et la marseillaise à des militaires en concluant sur un salut fasciste, qui brûlait des billets de banque à la télé ? On le célèbre partout, pour le film de Sfar, pour les vingt ans de sa mort, chez les disquaires, au cinéma, à la télé, et dans les exacts mêmes médias que ceux qui détruisent John Galliano. L’hypocrisie est tellement flagrante que c’en est à en pleurer de dégout.

Je ne m’intéresse pas particulièrement à la mode et aux créateurs, j’ai donc découvert Galliano en même temps que cette histoire. Mais que trouve t-on dés qu’on gratte un tout petit peu, au dela de ces quasi-insultes médiatiques et populaires ? Un homme extraordinairement intelligent et brilliant, diplomé de la prestigieuse St Martin’s School de Londres, qui a déchainé les passions pendant quinze ans. Je ne peux que vous inviter à regarder ses interviews sur son site officiel ; c’est avant tout un créateur passioné, un travailleur acharné, quelqu’un qui aime son travail et qui ne s’arrête jamais. Je n’avais jamais vu de défilé en entier, seulement les extraits qui passaient à la télé, et j’ai été impressioné de la beauté et l’imagination de ses costumes et de la mise en scène.

Que perçoit-on derrière cette ultraviolence générale ? Un retour à une morale de société, maladive et terriblement vénéneuse.

C’est effrayant, vraiment.

À voir : son défilé d’hier, qu’on décrit comme particulièrement sobre et émouvant.

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3 Réponses to “Galliano et la morale populaire”

  1. Bolderiz mars 5, 2011 à 19:22 #

    Très exact ; la réaction populaire et le déchaînement médiatique sont largement disproportionnés par rapport aux faits. Il ne fait pas bon être un grand créateur !

    • Juliette mars 23, 2011 à 22:15 #

      Certes, la peine est disproportionnée, c’est stupide de censurer son oeuvre. Car, même s’il était antisémite, cela n’enlève en rien le fait qu’il soit un génie. Mais il n’empêche que les propos sont choquants. Ok,on a laissé dire gainsbourg (qui était juif tout de même, c’est bien pour cela que ses chansons telles que nazi rock ont subsisté), alors on ne doit rien dire pour galliano?

      • Georges Findumonde mars 23, 2011 à 22:44 #

        C’est vrai que Gainsbourg était juif, alors le « nazi rock » était un mauvais exemple ; il n’empêche qu’il déblatérait aussi pas mal sur les « salopes », sur les plateaux de télés, complètement ivre, véhiculant une image misogyne alors que ce n’était que de la provoc’ exagérée par l’alcool. Dior a évidemment eu raison de licencier Galliano ; mais ce que je reproche, c’est un acharnement systématique et global, à partir du moment ou on l’a taxé d’antisémitisme. Les déclarations, de la maison Dior, de célébrités en tous genres, se sont succedées, sans contrepoids aucun. Il n’y avait que son avocat, pour rappeler qu’il était connu pour sa gentillesse avec ses assistants et les petites mains ; quant à son côté « génial », je n’ai pu le découvrir qu’en visitant son site internet et en regardant ses défilés et interviews sur internet ; c’était une énorme surprise !

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