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Power in Numbers, l’humanité des cinq.

24 Fév

Jurassic Five, album « Power in Numbers » (2002)

 

Power in Numbers commence par la même ligne de basse, que celle qui a terminé l’ultime chanson du précédent album. Une ligne de contrebasse très aigue, jazzy, envoutante et lance de la meilleure façon un de mes albums de rap préférés.

Le groupe de rap américain Jurassic Five est surtout connu pour ses deux autres albums, « Quality Control » qui est une référence, et « Feedback », le plus récent, un peu plus commercial avec un bon nombre de guest stars. Mais personellement, c’est Power in Number, qui se situe entre les deux, qui me plaît le plus.

Il est certainement le plus difficile à appréhender, avec moins de « hits » frappants que les autres, mais c’est le plus profond, et le plus intriguant. Les instru jazzy sont très nombreuses, de l’incroyable ligne de basse de l’intro (« This in ») au piano groovy de « If I Only Knew », les beats sont simples, mais se fondent incroyablement bien sur la musique tout en rendant percutants le flow des quatre compères. Des guitares électriques et des vraies batteries font leur apparition vers la fin de l’album, rendant le son encore plus authentique et puissant.

Les chansons développent des thèmes humanistes, avec des flows intelligents et réfléchis. Elles se font écho, et correspondent très bien avec la (magnifique) pochette de l’album, une forte image de communion entre les spectateurs d’un gigantesque concert. De « Freedom », à « A Day At The Races » en passant bien sûr par « I Am Somebody », les flows délivrent un message revendicatif, libertaire et optimiste.

Mais ce que je préfère, à l’écoute de Power in Numbers, c’est la passionante atmosphère fiêvreuse qui prend l’auditeur du début à la fin. Les dix-sept chansons forment un tout presque indissociable, et exhalent une quantité infinie d’images et d’impressions. Le thème funky de « I am somebody » et son refrain chanté par un coeur immense, donne l’impression d’être au coeur du concert proposé par la pochette. Et c’est le cas pour beaucoup des morceaux : les instru simples,à base d’instruments réels, les flows fiêvreux, les samples de discussion, les influences africaines, indiennes pour les rythmes et les mélodies tout autant que americano-britannique pour les flows ; tout semble donner une impression d’improvisation, et de grande maîtrise à la fois. C’est un art d’être spontané tout en se reposant sur de solides connaissances musicales, une connexion particulière avec les autres musiciens, et bien sur des jours de travail, tout en restant aussi cohérent dans sa démarche artistique.

En parcourant l’album, on tombe tantôt sur un dialogue entre un enfant et un musicien non-identifé, sur un magnifique slam d’une minute, sur des réminiscences de Minnie Riperton, de Ray Manzarek et d’Ennio Morricone. C’est d’une richesse absolue, on ne cesse de redécouvrir de nouveaux détails, ajoutant à l’ambiance mystérieuse et faussement sobre.

Les Jurassic Five finissent traditionellement leurs albums sur une chanson instrumentale, très rhytmée. Ici c’est « Acetate Prophets » et ses milles samples, le tout porté par des multiples rhytmes qui s’enchainent merveilleusement.

Power in Numbers est je pense, l’album de Jurassic Five qui vieillira le mieux. Sa richesse et sa longueur peut rebuter certains, mais à la longue, c’est celui qui révèle le plus de richesse, d’originalité, en plus d’une certaine perfection rhytmique. La complicité entre Cut Chemist et les quatre rappeurs est à son paroxysme, et je crois sincèrement qu’on parlera de cet album dans trente ans comme un pillier du hip-hop, et un des meilleurs albums de rap des années 2000, loin du faste et des cultes égocentriques de Kanye West et Jay-Z.

Humanisme, mélancolie et talent sont les maitres-mots de Power in Numbers, qui est, je pense, une référence pour tout artiste, un album superbement cohérent et profond au même titre que Abbey Road des Beatles, ou Electric Ladyland de Hendrix à leur époque.

 

A Day At The Races et son envoutante ligne de basse.

If You Only Knew et son instru jazzy.

le sample funk de « Freedom »

 

Paul McCartney – Good Evening New York City (2009)

17 Juin

Paul Mc Cartney – Good Evening New York City (Live) – 2009

Paul Mc Cartney est depuis quelques années, pris d’une surprenante frénésie. Ce grand-père génial qu’on ne présente plus depuis bien longtemps est en effet animé d’une furieuse inspiration productrice, alternant tournées monstreuses et nouveaux albums.
Un soir que j’errais dans les sombres méandres de Spotify, une publicité pour ce nouvel album s’est affichée sur mon écran. « Encore lui! » pestais-je, irrité. J’écoute quand même une chanson, à tout hasard. « Lady Madonna », une de mes chansons préferées des Beatles.

Mon Dieu. C’est tout simplement parfait. La légendaire intro au piano, le swing parfait, des choeurs absolument divins et surtout….une voix du senior incroyable. D’une justesse, d’une force, d’une sensibilité terriblement touchante…pris de panique, je me jette sur la suédoise Baie des Pirates pour me procurer ces trente-deux merveilles.

Comment décrire ce terrassant frisson? De la passionée « I’ve Got A Feeling », à la terriblement entraînante « Got To Get You Into My Life » en passant par l’émouvante « Blackbird » ; Toute la beauté des Beatles est là. Macca est d’une énergie est d’une justesse technique qui laisse sans voix, ses roadies sont parfaits. « I Saw Her Standing There » donne tellement envie de danser qu’il est sincérement difficile de se mettre à bondir partout et de sauter par la fenêtre.

Mais l’album contient d’autres surprises ; Des chansons datant de l’époque des Wings et de la période solo, que personellement je ne connaissais pas. « My Love », pourtant très irritante en version studio, est ici interpretée avec une sincérité qui vous mettra les larmes aux yeux avant la dixième seconde et « Flaming Pie » vous enchantera. C’est magnifique de constater que mister Macca est capable d’exceller même avec des chansons hors-Beatles.

Enregistré lors des deux premiers concerts d’une très longue tournée, « Good Evening NYC » est donc un album absolument incontournable pour tout passioné des Beatles, ou toute personne appréciant la musique. Cet album représente pour moi la plus belle surprise de cette fin d’année. Un terrible constat s’impose alors : « Good Evening Europe » est définitivement LE concert que nous avons tous ratés en 2009.