Le samuraï du dessin animé comme idéal de la liberté.

3 Juil

Le samuraï du dessin animé comme idéal de la liberté.

Dans les couloirs des collèges déferle depuis quelques années un phénomène qui distille folie et passion, sème la terreur chez les profs de français et désespère les parents. Un véritable cataclysme qui déclenche chez le jeune prépubère de l’an 2000 frisson et hystérie.

Le manga. Cette bande dessinée japonaise de petite taille et qui est de bon ton de lire de droite à gauche, comme les collègues nippons, a en effet déclaré une guerre ouverte aux Odyssée, Chanson de Roland et autre Journal de Mickey, grandes institutions du casier scolaires. Les otakus* relisent les même tomes des centaines de fois, en parlent à tout le monde (même à leurs parents et aux filles de leur classe qui pourtant ont eu la bienveillance d’accepter de les écouter), ils vont même jusqu’à télécharger des images scannées et traduites par des amateurs des tomes suivants pas encore parus en France.

Mais cette invention du soleil levant, aussi virevoltante soit-elle, comporte malheureusement les sempiternels codes ; que l’on soit face à un manga futuriste, féodal, sur les basketteurs, les voyageurs du temps ou les robots gentils, on retrouve toujours les mêmes ingrédients.  Voici quelques exemples.

Tout d’abord, pour créer un manga, il faut être japonais. Ça ne s’invente pas, c’est fondamental pour comprendre et incarner cette culture si étrange. Il faut ensuite être un stakhanoviste du pinceau : Toutes les semaines sort un nouveau chapitre, sorti dans les magazines pour ados japs : ce qui veut dire une activité effrénée et frénétique. Enfin, le mangaka ne sait jamais comment terminer sa série. Il continue encore et encore, jusqu’à ce que son corps lâche. Et là encore, c’est le cœur brisé qu’il griffonne un dernier tome sur son lit d’hôpital en expliquant tous les mystère accumulés pendant des années en environ trente seconde. Sinon, le mangaka est capable de tenir sa série jusqu’à bien 40 ou 50 tomes, usant de tous les stratagèmes possibles et inimaginables pour ne pas apposer le point final. Les mangaka sont dramatiquement con, c’est comme ça.

Et puis, il y a la trame et les personnages. Un manga, c’est toujours un road-manga ; c’est toujours une quête complètement absurde d’un groupe réduit de personnages à la recherche d’un éternel « samurai qui sent le tournesol » qui a tué toute ta famille pour des raisons mystérieuses, ou d’un objet qui va sauver l’univers. Les méchants sont toujours de plus en fort et non l’inverse (d’ailleurs en général ils deviennent gentil après s’être fait battre), les héros vont de combat en combat en se prenant des blessures incroyables (genre des lances géantes plantées dans le bide) et guérissent en marchant ; l’héroïne est toujours une sublime déesse qui a du cœur mais beaucoup de résolution dans les moments difficiles et que surtout, personne ne se fait jamais. C’est inutile de discuter, d’envoyer des lettres à l’auteur ni de suivre la série jusqu’au 48e tome juste pour voir si le héros et la nana vont se pécho, ça n’arrivera pas. Même si, tout de même à la fin, on apprend qu’ils sont amoureux, pas de cul.

Puisque le collégien n’a pas de femme nue à se mettre sous la dent, il faut bien qu’il trouve un moyen de fixer cette passion qui l’anime depuis qu’il a découvert le manga. Alors, inconsciemment, sa fascination se focalise sur un personnage ; Parfois c’est le héros, parfois un personnage secondaire. Toujours est-il qu’il existe systématiquement. Appelons le Monsieur X.

Monsieur X est grand, beau, sage, silencieux, expérimenté. Il a du charisme, il est craint des méchants. Il se tire de tous les pétrins avec un style et une élégance impossible. Dans la plupart des mangas, il s’agit du samuraï intriguant, qui apparaît toujours la nuit (les soirs de pleine lune) et qui d’un magnifique sabre abat tous ses ennemis hurlant à la mort, tandis que son visage reste de marbre, cool et froid.

Ce personnage est extrêmement intéressant. Personne ne peut arrêter monsieur X. Il écrase tous ses ennemis, il fait ce que bon lui semble, et en plus il impressionne tout le monde. Avec une telle puissance certains ne feraient que de braquer des banques et de voler les honnêtes gens tandis que notre héros de manga a toujours une morale en acier. C’est un vagabond qui croise et se sépare des gens sur son passage. Il combat pour son honneur, pas pour l’argent ; d’ailleurs notre ami est souvent très pauvre.

En faisant abstraction de toutes ses conventions formalisées, je considère que Monsieur X, et plus généralement le manga, représente une sorte d’idéal de la liberté. Il décide lui-même de son destin, ne cède à aucune pression ni aucune menace ; c’est une sorte de roi de l’univers inamovible Le mangaka offre au lecteur la perspective merveilleuse de pouvoir s’évader dans un univers alternatif : Monsieur X, ne reçoit pas d’ordre, et personne ne peut arrêter la longue marche sans but du vagabond taciturne. Alors il la continue, sa marche, ne respectant que son code de l’honneur et son ventre, jusqu’au prochain ennemi, jusqu’à la prochaine énigme. Le tout dans des époques lointaines ou les jolies filles, les katanas et les bols de riz abondent beaucoup plus que les téléphones, les caméras, et les conseils de classe.

Le collégien otaku est donc (en fait !) un utopiste assoiffé de liberté, bien avant d’être ce mongol couvert de boutons et recouvert d’une capuche quicksilver. Peut être que si les filles avaient conscience de cette merveilleuse grandeur d’âme, ils auraient plus de chance avec elles, et leur vie en serait plus douce. Mais la vie du collégien n’est point faite pour être douce, tout le monde le sait.

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« Just The Two Of Us » : La magie sort de la basse.

3 Juil

Tout le monde connaît « Just the Two of Us ». Tout le monde. Même ceux qui ne le savent pas. Ce grand tube R&B gravé dans les eighties,  avec son intro si étrange, son couplet si original, son refrain si reconnaissable, ses percussions soft, cette voix inimitable, est rentré dans la le panthéon des mythiques chansons romantiques.

Rarement une chanson n’aura créé autant de sentiments contrastés ; Pour certains, c’est le plus grand stéréotype et la plus ennuyeuse banalisation de la chanson d’amour, une chanson qui évoque immédiatement les couchers de soleils rose et les plages californiennes. Pour d’autres, c’est le classique obligatoire qu’il faut se taper à toutes les soirées ; Enfin pour les derniers, la chanson évoque le moment amoureux le plus sincère et le plus marquant ; Tout dépend du contexte ou on l’a entendue pour la première fois.

Quelqu’un se demandait quelque part comment cette chanson pourtant de construction si classique pouvait être devenue à ce point légendaire. Je pense que l’élément le plus important de cette chanson, ce qui rajoute le piment, c’est la basse. Des profondes notes graves de l’intro, d’une délicasse funky  tel qu’on n’en fera plus jamais, jusqu’au slap léger du refrain, la basse porte le morceau, lui donne sa dimension tragique et sensuelle, laisse une empreinte inconsciente dans l’esprit de l’auditeur.

Évidemment, le morceau ne repose pas que sur la basse. Évidemment, « Just The Two of Us », c’est avant tout une complicité entre la sensibilité de Bill Withers et la finesse des percussions. Mais pour moi, le rêve sort de la basse.

I see the crystal raindrops fall
And the beauty of it all
Is when the sun comes shining through
To make those rainbows in my mind


Zidane, une tragédie grecque.

18 Juin

Zidane, une tragédie grecque.

Dimanche 9 Juillet 2006.

En des temps de graves troubles nationaux, laisser son esprit naviguer vers les eaux légères du passé peut parfois mettre un peu de beaume au cœur. Parfois, cela fait l’inverse, et on tombe au fond de l’agonie et de la dépression à une vitesse hallucinante.

Raymond Domenech, sélectionneur des bleus violemment critiqué depuis son intronisation esperait sans doute qu’un scénario similaire à l’édition 2006 en Allemagne se reproduirait : Les bleus, nazes et amorphes en phase de poule, se réveillent en quart de finale et explosent ensuite jusqu’à la finale, foutant un bon coup de clapet aux critiques et aux pessimistes. Raymond se voyait bien, le lendemain de la finale, paradant sur les champs elysées, savourant sa petite revanche contre le peuple français et les médias.

Mais non. Au lieux de cela les supporters assistent, agacés, navrés, à la minable déroute de l’équipe de France lors de cette édition du mondial 2010 en Afrique du Sud, on ne peut s’empêcher de se demander qu’est-ce qui a bien pu changer aussi radicalement en quatre ans ? C’est assez fascinant comme contraste, quand on y réfléchit bien.

Les uns pourront accuser le sélectionneur, les autres pourront invoquer le manque d’enthousiasme et de dynamisme exasperant de l’équipe ; Je dis non ! pour moi, tout est clair : la différence, c’est Zizou.

« La différence entre eux et nous ? » s’interrogeait un membre de l’équipe de France avant le France-Espagne de 2006. « Nous avons Zidane, pas eux ».  C’est pour dire que cette déclaration était sacrément gonflée de culot, à ce stade de la compétition. Les bleus avaient peinés pour arracher sa qualification pour le deuxième tour, où l’on a pu voir dans un coin un vieux Zinédine trottant après le ballon. La presse espagnole répond à cette provocation avec une seule prédiction : Ce match sera le jubilé du numéro 10 français.

Et puis les français ont anéanti les espagnols. Un jeune fou et moche, le visage couvert d’estafillades, a surgi de son trou pour faire recoller les bleus au score. La France prends les devants par la suite et Zidane conduit tout tel un fougueux maestro, avant d’envoyer l’Espagne à la retraite en inscrivant le troisième but, dans les dernières minutes du match. Les agnostiques retrouvent leur Dieu ; une lueur d’enthousiasme vient faire frissoner toute une nation au cœur cynique et désabusé.

C’est ainsi que Zinédine Yazid Zidane connut son plus beau match, contre le Brésil en quart de finale. Enchaînant les passes, des gestes techniques époustouflants, une élégance de jeu rarement connue et surtout, offrant un caviar à Thierry Henry pour mystifier le malheureux gardien brésilien.

Après une demi-finale peu marquante contre le Portugal, la France arrive en finale, pour la deuxième fois de son histoire. Et c’est là que nous arrivons à notre propos. Tous les regards sont rivés vers notre icône nationale. Jouer une finale de coupe du monde comme dernier match de sa carrière, c’est quand même digne des joueurs de l’étoffe de Zidane. Lorsqu’il entre sur le terrain, le premier représentant de la file indienne française ne jette même pas un regard à la coupe tandis qu’il la frôle lentement. Le monde retient son souffle. Zidane marque un premier but sur penalty, par une panenka aussi surprenante que jubilatoire.

Les Italiens se ressaisissent, et Materazzi, un milieux de terrain italien couvert de tatouages, égalise de la tête. Un partout. L’heure qui va suivre sera une bataille acharnée des milieux de terrain, offrant aux supporters un spectacle d’une pauvreté aberrante.  On entre dans la prolongation, on se dirige logiquement vers la terrible séance de tirs aux buts. Quand soudain, quelque chose fait bondir spectateurs et commentateurs. Un magnifique centre de Willy Sagnol arrive droit sur la tête de Zizou. Celui-ci fait une tête d’une perfection absolue, le ballon se dirige à la vitesse de l’éclair en haut du but de Gianluigi Buffon, et ce dernier d’une claquette surhumaine, évite à son équipe la défaite. Deux minutes plus tard, Zidane explosait Materrazzi de la tête et sortait, furieux déshonoré, du terrain, devant un stade ébahi et stupéfait.

Ce qui est intéressant à travers ces quelques minutes, c’est l’immensément fin interstice qui sépare deux destins radicalement opposés. L’équipe de France, après l’exclusion de son capitaine, a été vaincue aux tirs-aux-buts par l’Italie. Le monde entier s’est amusé à visionner des millions de fois cette fameuse vidéo du coup de tête. Beaucoup de supporters se sont rendus à la conclusion que Zidane n’était peut être, finalement, resté une caillera marseillaise. Les français l’ont villipendé pour avoir commis un tel acte en étant le modèle de bon nombre d’enfants. La France, orpheline de sa coupe, connaîtra à partir de cette date fatidique, une période de médiocrité footbalistique sans précédent, période qui dure encore aujourd’hui.

Mais réflechissons une seconde à ce qu’il se serait passé si Zidane l’avait marqué, ce but. Il aurait été le premier joueur de tous les temps à marquer deux doublés en finale de coupe du monde. Il aurait fait gagner son équipe à près de 33 ans. Il serait devenu une légende bien plus immense qu’il ne l’est aujourd’hui, aurait dépassé de loin les Platini et les Maradonna.

Un écart aussi infiniment petit entre le délire et la dépression, entre la gloire et la mort, j’appelle ça une tragédie grecque. Cette action restera comme la toute dernière de sa carrière, puisqu’il ne touchera plus le ballon jusqu’au coup de tête sur Materazzi. C’est donc un symbole, comme si après cette tête, Zinédine Zidane avait donné tout ce qu’il avait pu donner au football, et avait sorti ses toutes dernières ressources, les avaient concentré en un seul tir de la tête. La victoire ou la destruction totale.

Ce France-Italie reste le plus grand drame de ma vie, et marque un jour bien sombre dans l’histoire. Il a marqué l’équipe de France du sceau d’une affreuse malédiction éternelle : Plus jamais nous ne pourrons gagner un match en coupe. Il ne reste plus qu’à noyer nos larmes dans un bol de chocapic au lendemain matin de l’élimination du mondiale 2010 face à l’Afrique du Sud, un œil humide rivé sur les couvertures des journaux irlandais, un autre sur les performances des autres équipes, et rêver sans espoir à un avenir meilleur. Personne ne pourra plus rien y changer (même Laurent Blanc), qu’on se le dise une fois pour toute : Nous sommes condamnés à jamais. Tout est fini.

Cet article est dédicassé à Gianluigi Buffon.



« Le Pudding À l’Arsenic » est-elle la meilleure chanson de tous les temps?

17 Juin

« Le Pudding à l’Arsenic » est-elle la meilleure chanson de tous les temps ? (17 mai 2010)

Si les années 2000 en musique ont été secouées par quelque chose, c’est bien par le hip-hop. Sous toutes ses formes ; Par les Mcs, par les DJs, et bien entendu par les producteurs. Parmi ce style de musique incroyablement vaste il existe une branche qui me passionne beaucoup plus que les autres, et qui s’est développée entre les 90s et maintenant : Le Hip-Hop/Jazz. C’est ainsi que des maîtres tels que A Tribe Called Quest, Gangstarr, Jay Dee ou autres Madlib, pionniers américains qui combinent les trois jobs, font traverser au genre un véritable âge d’or, et ont inspiré de nombreux disciples à travers le monde.

La France dans tout ça ? Cocorico, l’année 2009 nous a (enfin) amené quelques perles et nous a rappellé que la french touch dans la musique électronique, c’était pas du vomi de chat. C’est ainsi qu’on a vu débouler des merveilleux artistes tels que Caravan Palace, qui nous ont concocté une euphorisante potion magique à base de musique tzigane et des beats hardcore et Onra, élève assumé du susnommé Jay Dee qui a mélangé des sonorités vietnamiennes pop avec ses beats home-made pour notre plus grande jouissance.

Et puis il y a eu Léo. Léo le Bug, membre de l’impressionnant collectif Chinese Man, qui nous a délivré cette même année un album assez étrange, avec sa couverture tout aussi intrigante. Les morceaux, extrêmement variés, se laissent écouter, sans pour autant marquer particulièrement le cœur et l’esprit. Et puis vient la chanson dite du « Pudding à l’arsenic ».

Souvenez-vous quand vous étiez enfant. Il y a bien un dessin animé que vous avez tant regardé que la cassette a fondu dans votre lecteur JVC. Je parle bien sur de « Astérix et Cléopâtre », cette petite merveille animée (et non le film des Nuls, par ailleurs excellent). Ce que nous a fait ce petit Léo, c’est de nous extraire quelques dialogues et quelques éléments de LA scène magistrale du film : la préparation du pudding empoisonné destiné à tuer les gaugau.

Léo ajoute à cela un beat envoûtant, le rap frais comme la brise de Grand Master Flash et le tout est orchestré à la perfection. Nous avons une chanson sur laquelle les gens ne peuvent s’empêcher de se trémousser à moins d’être sans cœur ou cul-de-jatte. Électrisante, euphorisante, elle distille une certaine folie chez les gens qui l’écoutent et en plus, elle met tout le monde de bonne humeur.

Bref, même si le concept de « meilleur chanson de tous les temps » est un concept aussi vide de sens qu’une élucubration d’Obélix, « Le Pudding à l’Arsenic » reste une des seules chansons récentes pour lesquelles on est prêt à hurler notre amour, transis de passion, et c’est en tout cas certainement une des chansons les plus enthousiasmantes des ces dernières années. Bien joué, mec !

La chanson :

L’élégance

17 Juin

L’élégance.

Peut-on la définir ? Je penseque non. J’ai la conviction qu’elle est avant tout une affaire personelle, qu’elle diffère absolument entre chaque personne, selon ses goûts, son milieux culturel et une infinité de facteurs qui oscillent essentiellement etre l’image de soi, des sons et des sentiments que l’on veut partager et une certaine forme d’amour de soi.
Si beaucoup condamnent le narcissime, je considère ici que ce sentiment est nécessaire, et même recommandé pour parvenir à une idée personelle et aboutie de l’élégance. Parlons de l’apparence physique : Si la conception classique attribue à l’élégance une conception très élitiste et aristocrate, drapée de vêtements de haute qualité et de parfums raffinés, la fin du Xxe et le début du XXIe siècle ont heureusement fait varier les tendances : Aujourd’hui, la « classe » peut aussi bien appartenir aux sales, aux moches, aux jeunes, aux pauvres, aux peintres, aux banquiers, aux riches qui se prennent pour des pauvres, aux banquiers qui se prennent pour des peintres. Le style est maintenant partout. Une explosion de couleurs, une scandaleuse exuberation de formes et de matériaux, une fausse sobriété malicieuse ; Dans la société moderne, chacun cherche à se différencier, réfléchit beaucoup plus à son apparence, et donc a sa propre idée de l’élégance.

« Elegance is an attitude » revendiquait une publicité pour montres que j’ai eu l’occasion de lire quand j’étais petit, dans le tumulte stressé de la gare Montparnasse. Au-dela de l’aspect vestimentaire et du physique, je crois profondément en ce slogan. L’élégance est avant tou ce qui ne se voit pas, un détail inaccessible aux premières impressions mais qui, lorsqu’ils sont vus et compris, exhalent bien plus de charme ; une force tranquille qui ensorcelle un public visé (ou pas).

Cette énigmatique force d’attraction se retrouve donc dans de nombreux domaines ; En fait, dans nombre d’actions que nous entreprenons. L’élégance est le détail qui surprend, interloque le spectateur qui ne s’y attendait pas. L’élégance est ce soupçon d’écorce de Panama, élément aphrodisiaque du cuisinier facétieux. L’élégance est cette discrète référence à la littérature dans un discours politique. L’élégance transforle le laid en beau, le banal en mysterieux. Et, bien sur, cette élégance se retrouve dans la musique.

Dans les morceaux enregistrements studios, elle consiste pour un musicien à passer des heures entières à rechercher le son parfait. À tester, expérimenter, révolutionner son style par des milliers de façons. Et surtout à supprimer le superflu, pour que cette recherche ne s’entende pas, et que seul apparaisse l’œuvre comme telle. Le multi-instrumentiste (si l’on met de côté son mauvais goût vestimentaire) Prince, en est un bel exemple, n’hésitant pas à supprimer et abandonner des instruments et des détails qu’il avait ajouté à ses morceaux, de façon à présenter un travail épuré. Mais ce sont les concerts qui m’impressionent le plus. Combien d’artistes abandonnent tout souci du détail et de finition, découragés devant un public qu’ils trouvent sourd et incapables de saisir ces subtilités ? Combien se contentent de reprendre leurs vieux classiques, donnant aux spectateurs uniquement ce qu’ils veulent entendre, telle la ménagère donnant des croquettes à son chat ?

C’est pour cela que lorsque le phénomène inverse se produit, le résultat est détonnant. Lorsque dans une tournée de 50 dates, les artistes réinventent leur répertoire, offrent au public des versions revisitées de leurs classiques, prolongent leur concert des heures durant ; lorsqu’ils subjuguent toutes les attentes, qu’ils se dépassent eux-mêmes à travers des solos, des petites notes cachées, des références à leurs maîtres, qu’ils donnent tout pour faire vivre au public une expérience aussi riche qu’enthousiasmante, alors le résultat est fulgurant.
L’humilité est un maître mot dans l’histoire de la musique. Jimi Hendrix, même s’il se considérait à juste titre comme le meilleur de toute la terre, passait des heures et des heures à peaufiner ses morceaux, à retravailler son jeu, et chercher de nouvelles combinaisons et à réinventer son répertoire. Les artistes qui proposent au public qu’une copie conforme de leurs enregistrements ne sont que des idiots et des fainéants.

C’est mon idée de l’élégance musicale : Une combinaison entre altruisme, humilité, imagination et courage.

À voir en concert (ou à écouter si ils sont déjà morts) : Led Zeppelin, M, Björk, NTM, les Djs du label Stones Throw, Sonny Rollins, Herbie Hancock, Daft Punk, Jimi Hendrix, Fela Kuti, Amy Winehouse…

Vous pouvez rester chez vous : Damon Albarn, Justice, The White Stripes, the Strokes, Radiohead, Afrika Bambataa, The Arctic Monkeys…

« Stylo » de Gorillaz : Chef-d’oeuvre à retardement ou médiocre plagiat?

17 Juin
Article écrit le 22 mars.
Ces derniers temps dans la presse britannique on ne cesse d’entendre un musicien ringard des années 70, Eddy Grant, s’insurger contre les plus-tellement-virtuels Gorillaz ; Le groupe aurait détourné, « plagié » une de ses chansons, « Time Warp », et aurait copié « note pour note », le thème de celle-ci.

Nous voici donc déja à la question fatidique : Le nouveau tube de Gorillaz, qui a déçu certains à côté des classiques que sont « Clint Eastwood » et « Feel Good Inc. », n’est-il qu’une copie peu inspirée de la chanson d’un autre?

26 février 2010. Quelle ne fut pas la surprise générale lorsque le premier single de l’album Plastic Beach fugua des « Kong Studios » pour se répandre à la vitesse d’une balle de revolver sur la toile, arriva aux oreilles de millions de fans qui trépignaient d’impatience. Une ligne de basse très monotone, un beat irritable, deux featurings qui ne semblent avoir rien à faire ensemble (le chanteur soul Bobby Womack et le rappeur Mos Def) et à la première écoute, rien de bien passionnant. Stupeur et déception gagnent alors les rangs. Ou est donc passée la malice apportée par le premier album, et la sensibilité apportée par Demon Days?

Le reste de « Plastic Beach » ne tarde pas à s’échapper sur le net. L’album nous entraîne, une nouvelle fois, dans l’univers comlètement dingue sorti de l’imagination de Jamie Hewlett. Des premières notes au violon lors de l’introduction qui nous font vibrer de toutes nos forces, des apparitions brèves, mais terriblement enthousiasmantes de Snoop Dogg et de Lou Reed, des chansons d’amour, des sonorités marines rêveuses, des rappeurs plein de conviction et de verve. L’album séduit par deux éléments, qui contrastent totalement avec les deuxautres albums : son romantisme et son extrême douceur.

C’est alors que le groupe décide de lever le voile sur le clip de Stylo. La vidéo est très réussie, le groupe rend un vibrant hommage à Bruce Willis comme ils l’ont jadis fait avec Eastwood et Bill Murray (oui oui, le mec de « Lost In Translation »). La
chanson révèle alors son véritable potentiel. À retardement. Ce beat mêlé à cette basse qui nous agaçait à la première écoute est devenu familier, il reste dans la tête et ne la quitte plus. Le couplet de Mos Def détonne par dessus ce duo rhytmique parfait. Et après un crescendo divin, magnifié dans le clip par le ciel se couvrant de nuages noirs électriques, la voix de Bobby rugit monstrueusement, comme un cri de libération, lâchant de sublimes paroles mêlant politique et amour, hargne et passion.

Cela faisait 20 ans que ce monstre sacré de la soul n’avait rien enregistré. Après l’enregistrement que vous pouvez entendre sur Stylo, ce vieux monsieur, terrassé par la conviction et l’enthousiasme avec lequel il a donné vie à ces paroles, s’évanouit dans le studio d’enregistrement. Damon Albarn le réveilla avec une banane.

En définitive, que retenir de Stylo? Pour moi cette chanson est un chef d’oeuvre absolu, une véritable merveille. Une hauteur qui n’a jamais été atteinte, une direction qui n’a jamais été suivie. Stylo est aussi une chanson qui reprend durant 5 secondes montre en main un vieux tube disco, comme une forme de clin d’oeil et d’hommage.
Mais Stylo est avant tout une chanson qui est sortie du néant, et qui a été crée à partir d’une basse et d’un beat qui a force d’être travaillé par les génies Gorillaz, leur a fait fondre le cerveau. Pour le pire, mais pour le meilleur, surtout.

22/03/2010

Vidéo de Stylo : 
Chanson « Time Warp », de Eddie Grant : 

Peut-on forcer quelqu’un à aimer LA FRANCE?

17 Juin

« Peut-on forcer quelqu’un à aimer LA FRANCE » ; article écrit le 8 février.

Aujourd’hui se termine un des débats les plus affligeants et les plus honteux qu’il nous ait été donné d’observer, depuis des décennies. Trois mois interminables, à rougir de honte à chaque ouverture de journal, à être raillé par la presse étrangère et à tourner en rond sur un sujet aussi absurde que surréaliste.

Le 25 octobre 2009, Eric Besson lançait ce fameux débat qui allait déclencher les passions : « Réaffirmer les valeurs de l’identité nationale et la fierté d’être français ». Chacun y est allé de sa petite réflexion, dans la presse, dans les conversations quotidiennes et même dans des conférences organisées un peu partout en France.

L’identité nationale? Qu’est’ce que cela veut dire, aujourd’hui? La question vaut la peine d’y passer quelques instants.
La France possède certainement un héritage et une histoire qui est au fondement même de toutes nos institutions. L’influence judéo-chrétienne, les lumières, la révolution, la déclaration des droits de l’homme tout autant que la mémoire des poilus, Vichy, le massacre des juifs et le soulèvement étudiant de mai 68 font partie intégrante de notre culture et oui, il est possible pour celui qui le souhaite, de se construire une identité nationale autour de ces grands moments de l’histoire, aussi positifs que négatifs.

Certes.

Cependant, quand nous observons notre propre gouvernement lancer le débat, cela nous fait froid dans le dos. Pour une première raison extrêmement simple: Le débat n’a pas tourné à une discussion sur l’identité nationale, mais sur la question d’ « aimer la France », et surtout sur celle de la place des musulmans. J’aimerais m’arrêter là-dessus;

Le 14 décembre, Nadine Morano donnait sa définition du « bon » musulman : « Ce que je veux, c’est qu’il aime la France, qu’il travaille, qu’il ne parle pas verlan et qu’il ne mette pas sa casquette àl’envers ». Cette déclaration s’inscrit dans un véritable ouragan de déclarations racistes de diverses personnalités de la majorité (cité dans le journal du dimanche d’hier) : « Il est temps qu’on réagisse parce qu’on va se faire bouffer. Y’en a déja dix millions…dix millions que l’on paye à rien foutre. » (André Valentin, maire UMP) ; «  »Le jour ou il y aura autant de minarets que de cathédrales en France , ça ne sera plus la France » (Nora Berra, secrétaire d’état) ; « Nous nous réjouissons que les musulmans soient heureux, sauf quand après ils déferlent à 15 000 ou 20 000 sur la Canebière. Il n’y a que le drapeau algérien et pas le drapeau français, et cela ne nous plaît pas » (Jean-Claude Gaudin, maire de MARSEILLE, à propos de la victoire de l’équipe de foot d’Algérie face à celle d’Egypte).

Outre l’extrême racisme de ces propos, j’aimerais retenir votre attention sur le sens même du débat : « Aimer la France » est un concept très curieux. Depuis quand habiter un pays signifie forcément l’aimer? Pourquoi « doit-on » aimer la France? Pourquoi doit-on accepter qu’on oblige nos pauvres gosses à chanter La Marseillaise à l’école, en leur mettant dans la poche un « livret citoyen » dés le CE2, idées lancées par messieurs Besson et Sarkozy?

Ce sont des conceptions complètement archaïques, digne de la quatrième république. La France du XXIe siècle a des milliards de facettes. Les immigrés représentent une part essentielle de notre population et ont grandement contribué à notre richesse actuelle ; Notre culture est inifinie grâce à notre ouverture passée, révolue maintenant. La France est un pays laïque depuis 105 ans alors POURQUOI persistez-vous à stigmatiser les musulmans comme vous le faîtes si ardemment?

Et bien , Monsieur Besson, vous avez gagné : J’ai HONTE d’être français. J’ai honte quand je vois ces neuf réfugiés politiques afghans qu’on vient de renvoyer dans leur pays. J’ai honte quand je vois Nadine Morano et tous ces zouaves de droite et de gauche piétiner ma fierté d’être dans le pays dit des « droits de l’homme » (regardez donc Mme Morano humilier un immigré sénégalais dans la ruehttp://www.dailymotion.com/video/x1yrkf_nadine-morano-ou-la-droite-d%E9comple ) ; et d’ailleurs en parlant de droits de l’homme, j’ai honte d’entendre que vous vous opposez si farouchement à l’entrée de la Turquie dans l’U.E, alors que la France est le PREMIER pays de l’Union à les bafouer, selon nombre de spécialistes?

Alors, non, personne ne pourra obliger personne à aimer la France que vous défendez. Ce débat nauséabond a fini par ramener à nos narines un fameux slogan de la dernière présidentielle : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Mais qui dois la quitter, cette France? Ce musulman qui a le tort de ne pas aimer la France, ou vous, Eric Besson qui, selon les dernières estimations êtes haï par sept français sur dix?

(08/02/2010)