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Rolling Stones, Soul et Funk

11 Mar



Des Stones, beaucoup ne connaissent que les grands hits. « Satisfaction » ; « Jumping Jack Flash » ; « Paint It Black » ; Ces hits, qui correspondent à la période de fabuleuse créativité des stones alors en compétition avec les Beatles. Et qui correspondent à la période 1ç65-69, jusqu’au désastre du concert d’Altamont et le meurtre d’un noir par le service de sécurité, marquant la fin symbolique de l’ère d’espoir hippie, autant que la fin de l’acte 1 du processus créatif stonien.

L’acte 2 est pour moi bien plus intéressant, marqué par l’apparition fulgurante du guitariste soliste Mick Taylor, aussi brillant et extravagant dans ses solos que timoré dans la vie privée. Mais, je m’écarte du sujet.

Ce groupe possède de multiples facettes ; mais je voudrais aujourd’hui vous en faire découvrir une, spécialement surprenante et accessible, que l’on soit fan d’Outkast ou de Sly and The Family Stone : leurs illuminations soul et funk. Les Stones, ce n’est pas nécessairement du rock, ou du blues syncopé. Les stones, ça peut être ça aussi. Visite chronologique d’une passion récurrente chez mon groupe préféré :

 

Partie 1 : Sympathy For The Devil (1968)

 

Je ne surprendrai personne en publiant cette chanson. C’est certes une des chansons les plus connues du groupe ; mais ce qui est intéressant, c’est que c’est la première fois que ce genre de groove fait son apparition dans leur répertoire. Mais comment les stones sont-ils passés d’une mort annoncée par les médias, après un album raté psychédélique censé concurrencer le Sergent Pepper des Beatles?

L’explication est donnée par le film « One+One » de Jean-Luc Godart. Ce dernier décide de filmer toutes les séances d’enregistrements de Sympathy For The Devil, laissant aux fans l’explication de ce chef d’œuvre. Le fan se rend compte alors, que ce groupe merveilleux vient d’un homme. Un homme providentiel, inconnu du grand public, mais qui a bouleversé la carrière des Stones : Jimmy Miller. Le nouveau producteur du groupe. Au début du film, on l’entend gueuler : « Let it groove, damn it! ». C’est lui qui, en guise de première collaboration avec Sir Jagger et Richards, les a forcés à passer d’une mièvre chanson douce à cette perle soul-funk. Le rythme de Charlie Watts commence alors à évoluer ; Miller impose deux percussionnistes de talent, on colle le pauvre bassiste Bill Wyman aux maracas, pendant que Keith Richards s’occupera de la basse. Et voila, quelques dizaines, centaines, milliers d’heures plus tard, le monde était prêt à se trémousser une première fois au son des rhytmes exotiques de ce qui restera comme la plus belle provocation des Rolling Stones.

 

Partie 2 : I Just Want To See His Face (1971)

 

Deux ans et demie plus tard, les journaliste prévoyaient une nouvelle fois la mort du groupe. Les musiciens s’étaient en effet exilés dans le sud de la France, pour y vivre une épopée de glande à coups de stupéfiants, et de travail forcené autour de leur chef d’œuvre, « Exile On Main Street ». Les musiciens y resteront en tout près de six mois. Six mois de répétitions quotidiennes pendant des heures et des heures, à jouer des dizaines de fois les mêmes chansons pour que les thèmes et les riffs rentrent dans la peau des musiciens. Cet album possède un son unique, et atteint des hauteurs inégalées dans la carrière des Stones, du fait de cette proximité incroyable et cette acharnement dans les séances d’enregistrement ; à tel point qu’ils seront incapables, par la suite d’interpréter certaines de ces chansons, tant rythmiquement elles étaient poussées.

Au cœur de cet album, il y a une chanson très mystérieuse : I just Want To See His Face. Les musiciens ne se rappellent même pas tous les instruments qui composent cette chanson. L’atmosphère brumeuse de l’album y atteint des profondeurs inégalées ; on distingue, un clavier Rhodes, joué fébrilement par un Keith Richards passionné plus que talentueux dans son jeu au clavier, quelques cris de Jagger, quelques percussions intrigantes. Et des chœurs gospels. Des choeurs féminins, magnifiques, puissants, et qui transforment cette petite chanson insignifiante, à la construction chaotique, en véritable perle gospel-funk, joyau au milieu d’Exile.

Partie 3 : Melody (1975)

 

Black And Blue est un ovni dans la carrière des Rolling Stones. Comme si, après plusieurs albums chargés émotionellement, musicalement et philosophiquement, les musiciens avaient décidé de publier un album de jam sessions, avec des amis, deux-trois guitaristes venus essayer de remplacer un Mick Taylor traumatisé par le mode de vie Stonien. Largement marqué par le pianiste funk Billy Preston, cet album dégage une impression de détente, d’improvisation, ce qui change diamétralement des autres albums, influencés par l’immense perfectionnisme de tous les membres des stones. Mon morceau préféré est Melody, un exemple parfait de cette atmosphère détendue et -enfin!- débarassée de cette espèce d’ “obligation » de performance musicale qui était attendue de ce groupe.

Partie 4 : Slave (1981)

Six ans plus tard, parait ce que certains considèrent comme le « dernier très bon album des Rolling Stones », Tattoo You, une sorte de raclage des fonds de tiroirs Stonien. Les musiciens s’attardent, à reprendre quelques ébauches de chansons des années 1970, comme par exemple Start Me Up, qu’il transforment complètement, d’une ballade reggae à cet hymne rock-80s que tout le monde connait. Mais cette chanson m’intéresse moins que la piste n°3 de Tattoo You, Slave.

Slave démarre sur un pattern rhytmique extrêmement riche, fait de cloches, de diverses percussions en plus de l’excellente batterie de Charlie Watts.  Keith Richards entame alors un de ses fameux riffs, agressifs et puissants, d’une maitrise absolue. Puis vient Mick, accompagné de plusieurs choristes (dont Pete Townshend, guitariste des Who) : Do it, do it, do it, do it ; no i won’t be your slave, no I won’t be your slave, no I won’t be your slave. Quelle claque. Et alors qu’on pensait être arrivé au bout de cette chanson, le légendaire saxophoniste de jazz Sonny Rollins fait exploser de soul et de passion les dernières minutes, dans une superbe complémentarité avec les autres instruments.

Slave est une des dernières chansons, aussi abouties musicalement, puisque les Stones après quelques tentatives disco, se fourvoieront dans un rock primaire, puis FM, avant d’essayer sans grand succès de se conformer aux dernières modes en y ajoutant des boucles et de l’électronique.

 

Partie Finale : Pass The Wine (2010)

 

La voilà, ma préférée. Comme je le disais, la fin des années 80, et les années 90 et 2000 furent des années d’appauvrissement ahurissant de la musique Stonienne, due à la baisse d’inspiration, à une succession de producteurs aux visions étranges, et surtout selon moi, à la difficulté pour les musiciens de se retrouver pour de longues durées, habitant aux quatre coins de la planète.

Mais en 2009, quelque chose se passe. Des cadres de l’entreprise Sony décrochent leur téléphone, et appellent tour à tour Jagger et Richards, leur annonçant leur ambition de sortir une nouvelle édition remasterisée de Exile on Main St, et leur demandant si ils n’avaient pas quelques inédits à leur fournir pour créer un cd bonus. Les deux vieux compères se mettent alors à chercher dans les archives de cet été d’exil à Villefranche-sur-Mer quelques cassettes oubliées. C’est alors qu’ils dénichent, parmi les innombrables enregistrements, dix joyaux. Mais au lieu de les livrer tels quels aux fans, ils décident de les retravailler, en ajoutant une guitare, un chant par-ci par-la. Mick Taylor est invité sur Plundered My Soul ; une magnifique vidéo est réalisée a-à l’occasion de la ballade Following The River.

Et surtout. Pass The Wine. La première chanson se révèle être la meilleure surprise stonienne de ces trente dernières années. Sur un beat incroyable de Jimmy Miller (qui était un excellent batteur, qui a d’ailleurs joué sur les hits Tumbling Dice, Happy, You can’t always get what you want…), sur d’excellentes guitares imbriquées de Keith Richards, Mick Jagger pose un chant d’un groove absolument merveilleux. Des choristes viennent parfaire une chanson déjà magnifiée par quelques cuivres, et le piano jazz de l’inoubliable Nicky Hopkins.

Pass The Wine est aujourd’hui une de mes chansons préférées du groupe ; comme quoi, que ce soit en 1963 ou en 2010, les Rolling Stones trouveront toujours le moyen de surprendre leur public et d’écrire l’Histoire de la musique.

 

 

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